18 octobre 2006

Enfin seule00




Enfin! seule! On n'entend plus que le roulement de quelques vagues qui s'affalent sur le sable. Pendant quelques heures, je possede le silence, sinon le repos. Enfin! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

Californie-Octobre 2005.



16 octobre 2006

Enivrez-vous!


Enivrez-vous
Il faut être toujours ivre. Tout est là: c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront: "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Charles Baudelaire

12 octobre 2006

Abandon des corps00



























































































































































LE REVEIL

p101
Si tu m' appartenais (faisons ce rêve étrange ! ), je voudrais avant toi m' éveiller le matin pour m' accouder longtemps près de ton sommeil d'ange, égal et murmurant comme un ruisseau lointain. J' irais à pas discrets cueillir de l' églantine, et, patient, rempli d' un silence joyeux, j'entr' ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine, pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux. Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre dans les choses où Dieu mit le plus de douceur, puis
tourneraient vers moi leur naissante lumière,tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton coeur.
p102
Oh ! Comprends ce qu' il souffre et sens bien comme il aime, celui qui poserait, au lever du soleil, un bouquet, invisible encore, sur ton sein même, pour placer ton bonheur plus près de ton réveil!
"Les solitudes"-Sully Prudhomme